D'une recherche de quelques mots pris au hasard et lancés dans ce puits sans fond qu'est Internet surgit une infinité d'images inattendues, d'une boîte oubliée dans un grenier s'échappent de vieilles photos de visages sur lesquels on ne sait plus mettre de nom depuis longtemps, de vieilles revues feuilletées négligemment montrent des objets dont on ne connaît plus l'utilité ou des inventions délirantes restées sans suite...: ce sont de toutes ces images, ces photos qu'Yves Helbert s'inspire pour ses dessins.
Pendant que l'esprit choisit, organise et assemble, que la main dessine d'un trait sûr et minutieux, le titre naît, subrepticement. Citons en quelques-uns, inscrits dans le dessin même et pris au hasard : «la rhétorique de l'image», «le déficit commercial», «le jour de gloire», «le sacrifice de la rose», «la preuve par l'image», «la chambre d'amis», «la reproduction des élites», «l'heure de gloire», «les coulisses du pouvoir», «la descente de croix», «le partage des compétences», «l'opération programmée»... Ces titres ne commentent pas les images, les images ne viennent pas illustrer les titres. De fait, titres et dessins sont indissociables et leur juxtaposition crée un trouble analogue à celui ainsi décrit par Roland Barthes dans l'Empire des signes : « une sorte de vacillement visuel, analogue peut-être à cette perte de sens que le Zen appelle un satori ». Si, au premier regard, leur association paraît arbitraire - arbitraire dans lequel Breton voyait la force première de l'image surréaliste -, il est toutefois possible de dégager certains thèmes qui sous-tendent le travail d'Yves Helbert, au-delà de l'humour, toujours présent : l'interrogation sur la nature, la politique, la nostalgie, l'émerveillement devant les objets inutiles...
En même temps que les dessins, sont présentés quelques dioramas dans lesquels, notamment, Yves Helbert met en scène, toujours avec humour, l'œuvre d'art dans l'atelier de l'artiste, ou bien muséifiée, ou bien encore abandonnée...

François Amblard

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Yves Helbert est un artiste autodidacte, qui a fait seul ses classes devant les tableaux des grands maîtres qui l’ont précédé. Avec la distance et l’humour que semble avoir exacerbés chez lui son apprentissage en solitaire, il se fait à la fois artiste et historiographe d’une histoire de l’art que ses œuvres invitent à revisiter sans cesse.
Par le dessin au graphite, en noir et blanc, ou à travers d’ingénieux dioramas, il insère dans ses compositions des formes souvent étrangement familières, ici l’Ophélie noyée du peintre préraphaelite John Everett Millais, là la version «sardine» du requin-tigre placé dans une cage de formol par Damien Hirst (The Physical Impossibility of Death in the Mind of Someone Living) venu introduire le trouble dans le musée d’art contemporain. L’artiste puise, semble-t-il, ses références dans des œuvres emblématiques. Il cite autant de périodes différentes de l’histoire de l’art qu’il convoque et réactualise.
Mais à la citation s’ajoute l’écart, le décalage, opéré par les juxtapositions du familier et de l’inconnu, par l’association incongrue de l’histoire racontée par l’image à celle entendue dans l’inscription dont l’artiste l’accompagne toujours. À cette figure couchée, recroquevillée sur elle-même et rendue par un raccourci virtuose, est associée celle-ci : « l’héroïsme moderne ». L’esprit, immédiatement, inévitablement, tente de lire l’un par rapport à l’autre. Pourtant quelque chose ne colle pas. En lettres capitales, dans une typographie aussi neutre qu’invariable, l’inscription est-elle un titre ? Une clé de lecture ? Un commentaire ironique ? Elle s’inscrit, insidieusement, dans cet esprit du spectateur confronté à l’image, sans pour autant le guider vers quelque interprétation apparue plus possible ou plus juste qu’une autre.
Yves Helbert dissocie ce qui avait l’habitude de se compléter, extrait de l’histoire de l’art, mais aussi de vieux journaux ou d’Internet, des images qu’il prive de leur contexte pour mieux faire naître le trouble. Le résultat est plein d’humour, apparemment léger et délicat. Les œuvres laissent pourtant planer le doute. Et la démarche de s’inscrire aussi bien dans la continuité de celle d’un Magritte, peintre finalement plus conceptuel que surréaliste, que dans une veine initiée par Duchamp. Comme chez ce dernier, les choix d’Yves Helbert, qui auraient pu passer pour arbitraires semblent finalement guider la réflexion vers « d’autres régions plus verbales », pour citer, à notre tour, l’inventeur du ready-made. Ses dessins autant que ses dioramas s’affranchissent de leurs clés de lecture habituelles pour qu’en adviennent de nouvelles.

Horya Makhlouf

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Physiquement, ouvrir une porte n'est une solution qu'en apparence à certains problèmes domestiques d'orientation et de déplacement, car l'expression ne précise pas si derrière cette porte se trouve une pièce ou une forêt, un abattoir ou le réveil.
Yves Helbert propose une piste pour nous sortir de ce "pas" - qui n'est peut-être pas si "mauvais" : au pied de la lettre, ouvrir dans l'esprit, par le moyen de textes dessinés à côté d'images elles aussi dessinées, la porte elle-même, et non la pièce supposée se trouver derrière. Il ouvre donc ainsi, si l'on peut dire, la pièce dans la porte, celle-ci pouvant rester fermée ou être ouverte, ce détail importe désormais assez peu. Ce renversement ouvre certaines perspectives paradoxales, propose des solutions imaginaires à des problèmes qui n'existeraient pas autrement.

Jean-Christophe Belotti

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Yves Helbert’s Art Space Dioramas

 

Artist Yves Helbert was in the process of looking for a place to exhibit his work when he decided to put some of his miniature works into boxes to create his own art spaces in a series of dioramas called “Reconfigurations.”

Having solved his exhibition space problem, Helbert is now free to play around with scale to create any kind of exhibition he wants. In a clever recreation of a Damien Hirst piece, he used a fishing lure in place of a shark preserved in formaldehyde, which makes perfect sense, considering that Hirst is famous for baiting his viewers with his provocative work.

The real fun of Helbert’s work is the way that recognizable images, like trinkets and figurines, become totally believable as art objects when he simply puts them into the context of a “reconfigured” art space, and because we are all currently experiencing his work through the internet, these miniature spaces are just as big as any other art space that we can view in digital images anyway.

Andrew Salomone (Makezine)

traduction :

Les dioramas artistiques de Yves Helbert

Yves Helbert était à la recherche d'un lieu d'exposition pour ses œuvres lorsqu'il a décidé de mettre certaines de ses œuvres miniatures dans des boîtes pour créer ses propres espaces artistiques dans une série de dioramas appelés "Reconfigurations".
Ayant résolu son problème d'espace d'exposition, Helbert est maintenant libre de jouer avec l'échelle pour créer tout type d'exposition qu'il veut. Dans une reconstitution astucieuse d'une pièce de Damien Hirst, il a utilisé un leurre de pêche à la place d'un requin conservé dans du formaldéhyde, ce qui est tout à fait logique, sachant que Hirst est célèbre pour avoir appâté ses spectateurs avec son travail provocateur.
Le vrai plaisir de l'œuvre d'Helbert, c'est que les images reconnaissables, comme les bibelots et les figurines, deviennent totalement crédibles en tant qu'objets d'art lorsqu'il les met simplement dans le contexte d'un espace artistique "reconfiguré", et comme nous vivons tous actuellement son travail par Internet, ces espaces réduits sont aussi grands que tout autre espace artistique que nous pouvons voir en images numériques.

Andrew Salomone (Makezine)

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